Conformément à l’article 11 du Règlement intérieur, notre groupe peut poser des questions orales en fin de séance.

Conseil municipal du 26 juin 2020

Question orale du groupe “Pantin en commun”

Présentée par Nadège Abomangoli

Monsieur le Maire,

Le Mois des Fiertés marque chaque année l’anniversaire des Émeutes de Stonewall du 28 juin 1969 à New York, événement fondateur de la lutte pour les droits et l’émancipation des personnes LGBTQI+[1].

Cette année 2020 est particulière. Elle marque le 50e anniversaire des premières marches des fiertés, aux Etats-Unis. Mais elle est aussi marquée par la crise sanitaire du Covid-19, qui a des conséquences directes sur l’organisation des événements, annulés ou reportés, mais aussi sur le quotidien des personnes LGBTQI+

Conséquences de la crise sanitaire sur les personnes LGBTQI+

Les inégalités sociales, qu’elles résultent de précarité économique ou administrative, ou de stigmatisations et discriminations, ont été exacerbées par la crise sanitaire. Les personnes LGBTQI+ n’en sont pas épargnées, à tel point que la Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme a alerté la communauté internationale sur les vulnérabilités des personnes LGBTQI+ face à la crise du Covid-19 et aux mesures de confinement mises en place pour juguler la pandémie.

À l’instar des violences sexistes, le confinement a vu, nous dit le Défenseur des Droits, l’augmentation des violences subies par les personnes LGBTQI+[2] et notamment les jeunes de moins de 25 ans qui ont subi la fermeture imposée des locaux associatifs et des structures d’accueil, contraints-es alors de rester dans un environnement nocif. D’autres conséquences sont notables : suspension des procédures administratives de changement d’état civil pour les personnes trans et pour les demandes d’asile des personnes LGBTQI+ étrangères ; difficulté d’accès à la santé ; fermeture des permanences associatives ; isolement social ; etc.

Hausse des violences recensées, notamment en Ile-de-France

La crise sanitaire est venue exacerber et mettre en lumière des difficultés préexistantes. En France, en 2019, plus d’une personne LGBTQI+ sur deux déclare avoir déjà subi une agression homophobe ou transphobe au cours de sa vie[3] ! L’ILGA (International Lesbian and Gay Association) vient d’ailleurs de rétrograder la France à la 13e place des pays d’Europe sur le respect des droits LGBTI. Un recul historique de la 9e à la 13e.

Par ailleurs, en 2019, les forces de police et de gendarmerie ont recensé en France 1870 victimes d’infractions à caractère homophobe ou transphobe contre 1380 en 2018 et 1040 en 2017[4]. Ces chiffres traduisent une augmentation de +36% du nombre de victimes d’actes LGBTQIphobes. Les infractions augmentent notamment dans l’agglomération parisienne, passant de 21 % en 2018 à 27 % en 2019, alors que la population de cette agglomération représente 17 % de la population totale. La majorité de ces infractions ont lieu sur la voie publique (33,5%), dans des lieux publics (12,9%) ou les transports publics (4,9%).

Le rôle des collectivités locales est donc essentiel, à travers notamment la police municipale bien sûr mais aussi la médiation et les actions de prévention et d’éducation.

Pantin, ville refuge ?

Au-delà de la question des violences, de l’accompagnement des victimes et leur mise à l’abri, Pantin pourrait devenir une ville refuge, inclusive et fière de sa diversité.

Les villes de banlieue se doivent également de développer des actions, et des lieux de socialisation et d’émancipation à destination des personnes LGBTQI+, et ne pas se reposer uniquement sur Paris. Cette dynamique émerge doucement, comme en témoigne la première “Marche des Fiertés de Banlieue”, qui a réuni un millier de personnes l’an dernier dans les rues de Saint-Denis.

À ce titre, nous avions soulevé lors de la campagne électorale une proposition concrète sur laquelle nous aimerions connaître votre position : la création d’une Maison de l’égalité en proposant l’accueil du centre d’archives LGBTQI+, avec un bar associatif, des salles de réunion et d’exposition, un centre de santé LGBTQI+ (avec des spécialités pour les personnes trans) et l’hébergement d’urgence pour les jeunes en rupture familiale.

L’importance des symboles

Sans attendre le développement d’un plan d’actions local sur le sujet que nous appelons de nos voeux, et considérant l’annulation des événements LGBTQI+ du mois de juin, nous souhaitons vivement que la Ville de Pantin montre sa solidarité avec les personnes LGBTQI+ en pavoisant du drapeau arc-en-ciel l’Hôtel de ville (ou le centre administratif), a minima la semaine du 22 au 28 juin.

Cette proposition est soutenue par notre par notre groupe mais également par notre député Bastien LACHAUD ainsi que Daniel IELLI, Pantinois et cofondateur de France•tv pour tou•te•s, et Marame KANE, Pantinoise et co-présidente du centre LGBTQI+ Paris-Ile-de-France.

Je vous remercie de votre attention.


[1] Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe, et autres.

[2] Défenseur des droits : Etude sur les violences intra-familiale – avril 2020

[3] Enquête Ifop pour la Fondation Jasmin Roy-Sophie Desmarais réalisée en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+ – 2019

[4] Ministère de l’Intérieur, InterStats, Info rapide n°14 : Nouvelle hausse en 2019 des victimes de crimes ou de délits «anti-LGBT» enregistrées par les forces de sécurité


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